50188 - Folligny - Le Hericher

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Folligny

Dans « L’Avranchin monumental et historique » 1845 par Edouard LE HERICHER p.28 à 37


Prior de Bloucteria est patronus ecclesie

De Foligncio de dono W. Murdac

(Livre Blanc)

Ecclesia de Repasto patronus domus Dei de Haya Paganelli

(Livre Noir)


Cette commune est, dans notre cercle, une de celles dont le sol est le moins accidenté : sa forme générale est un rectangle allongé du nord au sud. Au nord, à l’est et au sud, elle a des limites naturelles ; à l’ouest, elle est bornée par la route d’Avranches à Coutances, cette route antique qui était, sous la domination romaine, la voie de Cosedia à Legedia, et dans le Moyen Age, la route du Repas.

L’église Notre-Dame de Folligny porte les traces de l’époque romane dans les contreforts du chœur, dans une fenestrelle et dans sa croix ronde dont les modules sont dispersés. La base de la tour vient ensuite dans l’ordre du temps, avec les quatre colonnettes basées et chapitées des fonts et un vitrail, à teintes foncées, représentant deux femmes, peut-être sainte Elisabeth et la Vierge. Sous la corniche court une frise composée de fleurons trilobés, qui rappellent ces imbrications ogivales des flèches de Coutances dans lesquelles on peut voir cette préoccupation de l’unité que les artistes du Moyen Age apportaient dans les moindres détails. Comme ceux de la cathédrale, ces fleurons, avec les parties précédentes, doivent remonter au XIII° siècle. La nef et le chœur sont en général du XVIII° siècle : sur les degrés du maître-autel on lit la date de 1725. Le retable contient une vieille toile écaillée, représentant l’assomption, qui nous apparaît avoir le caractère d’onction et de suavité de cette peinture des madones du XV° ou du commencement du XVI° siècle, fille des enluminures et des images des vélins gothiques. Toutefois, comme le rosaire de Saint-Quentin, elle est plus récente et représente comme lui la continuation d’un de ces éléments de la tradition qui protestent en faveur du passé contre les éléments dominateurs. Ainsi l’art païen se perpétua au milieu de l’art du Moyen Age : ainsi l’art du Moyen Age projeta des lueurs dans le mouvement païen de la Renaissance. La base intérieure de la tour a été refaite avec ses arcs, ignoblement badigeonnés et quadrillés comme les murs d’une cuisine. Il y a dans le cimetière une croix fastueuse et composite assez remarquable : son dé est insculpté d’une légende et de divers ornements, entre autres d’un écusson étoilé, portant trois étoiles, armes qu’on retrouve sur une dalle tumulaire et qui sont des La Bellière. Le premier module du fût est orné de clochetons appliqués et les autres sont semés de nœuds.

Dans le presbytère de Folligny, on voit un portrait de guerrier en costume du temps de Louis XIV : c’est le maréchal de Villars, sous lequel avait, dit-on, servi un des curés de cette paroisse. Dans ce presbytère ont été composés, par M. Desroches, alors curé du lieu, différents ouvrages historiques sur le diocèse d’Avranches, entre autres « l’histoire du Mont-Saint-Michel ».

Cette paroisse n’a au Livre Noir que cette note « Folligneium vij  ». Voici celle du Livre Blanc : « Prior de Bloueteria est patronus ecclesie de Foligneio de dono Guillelmi Murdrac militis. Rector percipit terciam partem decime et habet in elemosina quindecim acras terre et percipit quinque quarteria frumenti in dicta parrochia ratione capelle de Repasto et centum solidos ratione qua supra. In dicta parrochia prior domus Dei de Haya Paganelli percipit duas garbas decime. Rector solvit pro decima sexaginta et decem solidos et pro capa episcopi octo solidos. »

Toutes ces redevances composaient pour l’église un revenu de 39 livres. En 1648, elle avait pour patron l’évêque de Coutances et rendait 400 livres .

Le manoir de Folligny qui se cachait naguère derrière ses belles chênaies, autour duquel se tient, de temps immémorial, la célèbre foire de Folligny, est une habitation d’un aspect féodal, qui permet d’évoquer l’existence d’un seigneur campagnard du XVI° siècle. Les lignes sinon les caprices de cette époque, sont empreintes sur sa façade. De belles fenêtres à barre ou croisées, à meneaux striés à vif, à arêtes bien profilées, des linteaux à double et triple accolade, quelques broderies de feuilles de vigne ou de chêne, d’élégantes et vastes cheminées, grandes comme nos appartements, un toit élancé, une tourelle-escalier, un colombier flanqué de contreforts, les eaux du ruisseau de la Coquerie, baignant l’habitation, une chapelle, telles sont les parties, tel est l’aspect du Manoir de Folligny.

Un terrain contigu, bosselé de monticules de débris, entouré sur ses quatre faces de dépressions profondes où les eaux pouvaient arriver, ressemble à l’emplacement d’une construction antérieure, d’une nature plus féodale et d’une assiette plus forte : nous croyons que c’est l’emplacement du château de Folligny. Le terrain s’appelle le Viveron, sans doute des viviers qui remplissaient le vallon, et s’épanchent dans les Douces-Eaux.

Il y avait une forêt de Folligny qui, avec le fief de ce nom, appartenait au comte de Mortain.

La famille de Folligny fut distinguée par elle-même et par ses alliances. Elle portait de sable à six carrés, trois d’argent, trois de gueules.

Elle donna deux défenseurs au Mont-Saint-Michel dans le siège de 1432, et eut l’honneur d’être dépouillée de ses biens par le roi d’Angleterre. Le 23 avril 1418 « les terres, manoir et herbages, qui étaient à Olivier et Jacques de Folligny, furent donnés à G. Rothelaire ». En effet deux Folligny étaient parmi les défenseurs de la Normandie et figurent dans la liste d’armes des 119 chevaliers du Mont-Saint-Michel.

Vers 1450, Jean de Folligny fut réintégré dans sa seigneurie et dans celle du Quesnoy « comme ayant toujours, dit Toustain de Billy, tenu le parti du roy

Le nom de Folligny signifie habitation de Follin : cette terminaison est très commune et s’ajoute en général à des noms propres faciles à discerner : ainsi dans le diocèse d’Avranches : Juvigny (Jouvin ou Juin), Martigny (Martin), Subligny, Soligny (Solin), Rouffigny (Ruffin), comme Reffuveille (Rufini villa), Romagny (Romain), Parigny (Parin), et ailleurs, dans le département de la Manche, Marigny, Morigny, Servigny.

Dans Folligny est le village du Repas. C’était au XII° siècle le centre d’une paroisse, mentionnée dans le Livre Noir : Ecclesia de Repasto, patronus domus Dei de Haya Paganelli percipit duas garbas. Terciam garbam et altalagium percipiunt duo rectores qui ibi sunt portionibus equalibus.

Cette paroisse qui était considérable, puisqu’elle avait deux curés , n’existait plus au XIV° siècle car le « Livre Blanc » n’en fait pas mention. Elle fut divisée entre La Meurdraquière, Folligny, Saint-Sauveur-la-Pommeraye. Une charte de 1234 nous apprend qu’elle n’existait même plus dans le XIII° siècle, car elle ne parle que de la Capella de Repasto. Cette chapelle, dédiée à Saint-Denis, existait encore il y a une soixantaine d’années et des vieillards nous l’ont décrites. C’était un simple oratoire, avec un campanier à deux cloches sur le portail, sans fenêtre orientale. Il possédait beaucoup de statues qui ont été enterrées dans son emplacement, qui s’appelle toujours le champ Saint-Denis, ou dans le cimetière de Folligny. A cette église était attaché un hôpital dédié à saint Jacques, qui était un besoin sur une route aussi fréquentée. Il avait été fondé en 1193, et donné à la Bloutière par un Meurdrac, qui annexa à cet hôpital l’église de Folligny, avec le consentement de l’évêque de Coutances. Le premier administrateur fut le chanoine Simon. Le comte de Boulogne et son épouse Yda donnèrent à l’hôpital la coutume des foires du Repas, les jours de saint-Jacques et de saint Denis . Le chanoine Vimond fut le successeur de Simon dans l’administration de Saint-Jacques-du-Repas : « S. Jacobi de Repasto, » l’an 1200. Beaucoup de dons furent faits de son temps à cette maison hospitalière  ; mais elle était trop éloignée de l’eau, et, en 1234, G. Meurdrac consentit à unir cet hôpital à celui de la Haye. Ce fut sans doute alors que l’église du Repas cessa d’être paroissiale. Voici la charte d’union :

Hugo Dei gratia Constanc… episcopus eternam in Domino salutem. Noveritis quod cum apud Hayam Paganelli et apud Repastum due domus hospitales essent constructe quarum neutra per se ad sustentationem pauperum convenienter sufficere videbatur, nos dictas domos ad petitionem nobilis viri Fulconis Paganelli, adveniente consensu Guillelmi Meurdrac militis, unientes eorum regimen, priori et conventui de Bloteria duximus commitendum, statuentes, eorumdem prioris et conventus accedente consensu, ut de prioratu de Bloteria tres assumantur cononici, qui nobis presentati de manu nostra tam parrochianorum de Folligny quam pauperum in domo Dei de Haya Paganelli commorantium curam recipiant animarum. Quorum duo in parrochia de Folligny insimul morabuntur ministrantes in capella de Repasto et in ecclesia parrochiali de Folligny quibus redditus ad valorem triginta librarum de bonis dictorum locorum decernimus assignandas. Tertius vero curam pauperum gerens in domo Dei de Haya Paganelli residebit, quia illa domus de Haya ad recipiendos pauperes competentior et melior videbatur. Idem vero bona pauperum universa et redditus omnes recipiet, exceptis illis redditibus qui ut predictum est dictis duobus cononicis fuerunt assignati. Prior vero dicte domus Dei jurabit in ingressu suo quod fideliter dicta bona et redditus conversabit in dicta domo in suos usus et pauperum convertenda. Si vero dicti duo canonici vel tertius qui prior erit dicte domus Dei de Haya Paganelli inhoneste, vel, quod absit, in administratione suscepta infideliter se habuerint, vel aliquis eorum, nisi a priore de Bloteria correcti vitam vel mores mutarent in melius, idem prior de Bloteria ad mandatum nostrum vel successorum nostrorum tenebitur revocare, aut nos ex tunc a dictis locis sine omnis appellationis effugio, eos sive eum amovebimus, quibus auctoritate nostra sic amotis, dictus prior de Bloteria nobis alium sive alios presentabit, qui simili conditione tenebuntur in dictis locis deservire ; prior vero de Bloteria qui pro tempore fuerit jurare tenebitur quod de dictis bonis vel redditibus usibus pauperum deputatis vel pro tempore deputandis in utilitatem domus Dei de Bloteria aliquid non convertet nec converti permittet.

Ei tamen concedimus quod dicta loca visitet cum viderit expedire et ad utilitatem dictorum locorum corrigat que in eisdem viderit corrigenda. Ita tamen quod canonicos in dictis locis a nobis constitutos ei sine auctoritate nostra non liceat amovere… Actum anno Domini M° CC° XXX° quarto ».

Après cette réunion, cet Hôtel-dieu dut recevoir les pauvres de Hocquigny, la Haye, le Tanu, Folligny. Son histoire sera continuée à l’article de l’Hôtel-dieu de la Haye ou de Hocquigny (voir article Hocquigny).

Le Repas était au milieu de la route de Coutances à Avranches : c’est ici le lieu d’étudier la direction et les stations de cette antique voie, qui est celle de Cosedia à Legedia. D’ailleurs c’était une route très fréquentée au Moyen Age : c’était la route des pèlerins vers Saint-Pair et le Mont-Saint-Michel ; c’était le siège de foires très célèbres, dont une s’est continuée et s’appelle la Foire de Folligny.

Nous avons reconnu une voie romaine littorale qui allait de Coutances à Rennes, et qui est marquée sur l’itinéraire d’Antonin. Il y en avait une seconde entre les deux villes, celle de la carte de Peutinger, qui se dirigeait par l’intérieur. Ces deux voies sont parfaitement tracées sur la carte de Cassini. Partant de Coriallum, celle-ci passait par Cosedia, de là elle gagnait Legedia en faisant un coude, et sur une longueur de 19 lieues gauloises, distance exacte qui sépare Coutances d’Avranches, et arrivait à Condate dans un parcours de 49 lieues gauloises, distance réelle d’Avranches à Rennes. Ainsi les distances actuelles concordent parfaitement avec celles de la carte. Les stations n’ont pas soulevé de doutes, excepté Legedia ; mais entre Cosedia et Condate on ne peut placer de localité importante autre qu’Avranches, et l’opinion des savants est générale sur la localisation de Legedia à Avranches . Il ne reste qu’à suivre les traces de la direction de cette ligne dans les documents du Moyen-Age.

De Coutances cette voie s’avançait vers Cérences et passait à l’Epinay «  où il y avait autrefois un pont en pierre, dont il ne reste d’autres vestiges que les grands chemins pavés qui y aboutissent et servent de chemin principal pour aller du Costentin et Coutances à Avranches, Pontorson et la Bretagne ». Cette route, dans une charte de 1299 , est appelée le Chemin Chaussé : « in parrochia de Cerences in feodo des Haietes ultra malepalu et jungitur ex uno latere Chemino Chaucie ». De là, par la Chaussée et la Haute-Rue, elle se rendait au village du Repas, dont le nom indique le passage d’une voie antique. Ce nom, les débris qu’on y a trouvés, son importance au Moyen Age, ses foires , d’autres voies qui y aboutissaient, comme celle de Saint-Pair «via Dorepast ad mare », en font un lieu remarquable. La voie traversait La Haye-Pesnel, où il y avait un châtel et près de laquelle est la Miltière, suivait la ligne de l’ancienne route de ce bourg à Avranches, passait au Grippon, côtoyait Chavoy, Cava Via, et le Chatelier, franchissait la Sée à Ponts, près duquel on voit encore ses tronçons bien reconnaissables, et arrivait à Avranches. Là s’ouvrait le chemin de Rennes, que l’on suit encore aisément dans l’arrondissement d’Avranches. Son point de départ dans Avranches était le quartier Saint-Gervais, si riche en vestiges romains, médailles, aires d’huîtres et de ciment, tuiles et poteries ; la rue Saint-Gervais commençait son tracé, et c’est dans cette rue et sa prolongation qu’on a trouvé des mosaïques et des monnaies romaines ; elle franchissait l’ancien gué de Pontaubault dont le sol est un véritable médailler. En cet endroit, la route portait au Moyen-Age le nom de « cheminum domini Regis ». La voie de Rennes passait par Precey, à la Chaussée, par Vaugris où l’on a trouvé des monnaies françaises, du coté du Laurier, des Batailles, des Tombettes, un vieux titre l’appelle pour cette paroisse «chemyn de Regnes», puis par Crollon, dont la lande portait naguère des vestiges d’anciens campements, par la Croix, laissant sur son flanc le Châtellier. En cette localité elle est mentionnée dans une charte : «un clos qui fut Andreu Paris assis entre le chemin le Rey… lan de grace mil ccc et treze». De là elle passait sur Montanel où elle portait au XII° siècle le nom de « Cheminum Calciatum » sous le cimetière. Là on a trouvé un grand nombre de médailles gauloises, dont trois en or, décrites par M. Lambert. Un vieux titre cité par M. Desroches désigne cette route : « une pièce de terre nommée la Rue Chaussée… joignant au grand chemin chaussé… le clos Lembert butte au grand chemin Chaussé». A Frilouse, dépôt de poteries, urnes, tuiles , elle sortait du pays de l’Avranchin et se continuait sur Rennes.

Bien que le nom du Repas soit orthographié Repast et Repastum dans les titres du Moyen Age, et semble indiquer un lieu de halte et d’hôtellerie, nous croyons cependant que sa signification originale, comme celle de ses analogues, dérive de sa position sur une voie romaine, et présente l’idée de passage.