50188 - La Beslière - Le Hericher
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La Beslière
Dans « L’Avranchin monumental et historique » 1845 par Edouard LE HERICHER p.11 à 15
Ecclesia de Belleria, patronus Th. De S. Pancratio. Rector percipit omnia exceptis quarteriis frumenti que percipit abbas Montis S. Michaelis et valet. XXXV lib.
(Livre Noir)
Cette petite commune affecte la disposition générale d’un triangle, dont le sommet est une projection à l’ouest dans Saint-Jean-des-Champs, dont la base ou coté oriental est tracé par un affluent du Thar, la Thanaise, qui donne son affixe au nom communal, la Beslière-sur-Thanaise . Les autres cotés sont des lignes idéales, Saint-Sauveur-la-Pommeraye forme une échancrure dans l’angle du nord, et l’angle sud est une pointe qui s’enfonce dans Saint-Ursin et Saint-Jean-des-Champs. Un plateau et une vallée, tel est le relief de cette commune. Le nom de la Beslière signifie habitation de Le Bel.
La description d’une église du XVIII° siècle est bientôt faite. Celle de la Beslière se compose d’un chœur, d’une nef, de deux bras et d’une tour batie en 1737, surmontée d’une lanterne qui n’est pas sans élégance, mais ayant à ses angles quatre maigres pyramidions assez semblables à des chandeliers. L’église primitive, l’église du XII° siècle dont parle notre épigraphe, a complètement disparu, à moins qu’on en voie des témoins dans quelques pierres angulaires et le rebord du pignon oriental. La note du Livre Noir nous fait connaître le patronage et le revenu de cette église au XII° siècle. Ils étaient à peu près les mêmes dans le XIV°, selon l’article du Livre blanc : « Thomas de S. Plancheio est patronus ecclesie de la Belliere. Rector ejusdem percipit omnes fructus et decimas excepto quod abbas S. Michaelis in periculo maris percipit duas partes decime bladi in quadam parte que vocata est la Hauteballiere. Rector habet manerium dicti loci cum gardino. Eidem rectori debentur tres busselli frumenti et viginti senarii. Ecclesia taxatur ad triginta quinque libras. ». L’église est sous l’invocation de Saint-Pierre. En 1648 elle rendait 600 liv.
Auprès de l’église est le Manoir. De vastes étangs sur deux de ses faces, des dépressions du sol sur les autres révèlent, au premier coup d’œil, l’emplacement d’une forte habitation féodale. L’ensemble des bâtiments quoique modernisés, confirme cette présomption par leur disposition et leur grandeur. Une belle entrée, faite au siècle dernier, composée d’une porte cochère et d’une porte cavalière, introduit dans une vaste cour où l’on remarque une maison récente, construite avec les matériaux de l’ancien manoir, et une grange, vaste vaisseau au large portail, qui nous a rappelé la belle grange décimale d’Ardevon.
Nous avons peu de détail sur les seigneurs de la Beslière.
Les registres de l’évéché de Coutances nous ont appris qu’au XII° et au XIV° siècle, les patrons de l’église étaient les Thomas de Saint-Planchers . Le comte de Chester possédait le fief de cette paroisse, pour laquelle il rendait hommage au Mont-Saint-Michel . Dans les commencements du XV° siècle, le seigneur était Louis de la Bellière, qui fut dépossédé par le roi d’Angleterre, au profit du sire Nicolas Cononoue, chevalier anglais . Dans la fin du XVI° et dans le commencement du XVII° siècle, cette famille reçut un grand lustre de deux abbés qu’elle donna à la Luzerne. Jean Etheart restaura le tombeau du premier et du plus illustre, et un autre abbé, poète latin distingué, Jean des Noires-Terres l’appelle le noble et excellent abbé de la Bellière. Nous ne pouvons mieux le faire connaître que d’associer ici les récits du Gallia Christiana et du Neustria Pia .
Frère Jean de la Bellière, né d’une noble famille, prit l’habit religieux dans le prieuré de Saint-Thomas de la Bloutière, l’an 1584, le 3 de janvier, et il fit sa profession dans le mois de septembre de l’année suivante. En l’année 1599, il reçut l’habit des Premontrés de J. Morisius, docteur en théologie et provincial, dans l’abbaye d’Ardene. Ensuite, il fut fait abbé de la Luzerne par Henri IV, et bénit en 1601 par l’évêque d’Avranches. Il émigra au ciel en 1634 et fut enseveli au milieu de l’église, devant le maître-autel. C’était un homme d’une humilité, d’une piété, d’une ferveur et d’un zèle vraiment incroyables. Comme la renommée de sa vertu se répandait de tous cotés, son autorité fut invoquée par Fr Du Longpré, abbé général des Premontrés, pour qu’il visitat quatre monastères de son ordre, Beauport, Belle-Etoile, Ardene et Mondée. Le roi de France confirma cette délégation. Il réforma son monastère tant au spirituel qu’au temporel et il en augmenta considérablement les revenus.
Il eut pour successeur son neveu, François de la Bellière, docteur en théologie, visiteur de la province ; son oncle avait résigné l’abbaye en sa faveur en 1621. Il imita ses vertus en recevant sa dignité et il lui éleva un tombeau. Il fut inhumé à la droite de son oncle en 1656. Il vivait du temps de l’auteur du Neustria : « Nunc (1644) vitam ducit virtute et exemplari religiositate insignem. »
Dans le XVIII° siècle deux La Bellière furent enterrés dans l’église de Vains où l’on voit encore leurs tombes . Un seigneur de La Bellière est cité par Masseville parmi ceux qui se signalèrent au siège de Béthune en 1710, dans le régiment de Thorigny . Les La Bellière furent aussi seigneurs de Saint-pierre-Langers. Les anciens La Bellière portaient d’azur au chef de sable chargé de deux étoiles d’or. Ceux d’aujourd’hui portent trois étoiles ; et ces armes ne différaient de celles des Saint-Jean que par leurs couleurs.
Entre la Beslière et Mesnil-Drey, au bord d’un vaucel est une ancienne maison à laquelle ses portes et fenêtres donnent un caractère monumental et une physionomie à moitié civile, à moitié religieuse. Elle est le dernier témoin d’une habitation étendue et ancienne, connue dans le pays sous le nom de la grande-Cheminée. Le corps du logis où était cette grande cheminée, de forme carrée, a été détruit, et il n’en reste plus que le puits, qui est comblé de pierres. La partie qui subsiste montre au premier étage une fenêtre ogivale à transem, qui semble indiquer une chapelle. Deux jolies portes cintrées, presque accolées au même étage, révèlent l’absence d’un escalier extérieur, sans doute à double volée. Les cintres du rez-de-chaussée sont d’une bonne courbe et formés d’un double rang de pierres posées de champ. Une jolie accolade a été encastrée dans une grange voisine. Cette maison appartient au XVI° siècle : on dit qu’une dame de La Bellière l’avait donné à un de ses domestiques.






