50188 - Mesnildrey - Le Hericher

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Le Mesnildrey

Dans « L’Avranchin monumental et historique » 1845 par Edouard LE HERICHER 112 à 116


Mesnilum Drochonis – Mainil Drogonis.

(Livre Blanc – Cartulaire du Mont-Saint-Michel)


La forme générale de cette commune est un triangle dont la base ou la ligne orientale est formée par un tronçon de la route de Coutances à Avranches et un affluent du Thar, dont le coté nord-ouest est tracé par le Tharnet, et dont l’autre coté est une ligne arbitraire et le Thar, au delà duquel s’étagent les bois de la Lucerne. Quatre églises sont distribuées à des distances presque égales autour de ces limites et forment une enceinte idéale au centre de laquelle s’élève celle du Mesnildrey.

C’est une croix grecque au milieu de laquelle est posée une tour courte et obtuse, batie dans le XVII° siècle, ainsi que les transepts. Le chœur et la nef sont du siècle dernier. On dirait que nos églises gothiques et romanes n’avaient reçu de vie que pour une durée qui devait avoir ce siècle pour terme, tant il y a d’églises refondues, et pour ainsi dire sécularisées par leur style, à cette époque, si l’on ne savait que ce siècle n’eut pas l’intelligence du Moyen Age , et qu’il commença contre lui une réaction que consomma le Révolution française. Toutefois ici encore est-il resté des témoins du passé : c’est un pan en opus spicatum, qu’on appelle dans le pays maçonnerie anglaise, un segment de cintre en pierres de champ, une fenestrelle et une croisette ronde, tous objets de l’époque normande. Quelques fragmens de vitrail, entre autres une croix en arabesques, avec la date de 1548, les fonts écussonnés, une madone fleuronnée, aux cheveux nattés à la châtelaine, aux formes pleines, transition du Moyen Age à la Renaissance, sont des vestiges de l’époque suivante ou gothique. Une toile intéressante représente, avec une grande vigueur, un anachorète dans les luttes de la tentation, probablement un Saint Jérôme. Un pinceau plus moderne et moins habile, pour préciser sans doute la pensée, y a représenté un ange tombant des cieux et Satan fuyant avec rage. Auprès est une vieille statue de pierre de saint Antoine qui a bien ce caractère de sainteté débonnaire qui est le type consacré.

L’église de Notre-Dame de Mesnildrey eut pour patron le Mont, et puis l’évêque de Coutances, avec un revenu de 52 liv. En 1648, elle avait le seigneur du lieu, et rendait 500 liv.

Mesnildrey n’a pas de manoir ; il semble avoir du exister dans le village proprement dit Mesnildrey, ou habitation de Drogon, nom qui s’est appliqué dans la suite à tout le terrain paroissial. Les expressions de notre épigraphe donnent la clef de l’étymologie de cette paroisse, et nous reportent au chef primitif, Saxon ou Normand, qui y établit son habitation. L’altération de Drogon en Drey n’a rien qui surprenne, et nous la trouverons dans sa forme intermédiaire Dragey, et dans sa forme identique, Maidrey ou Moidrey, qui est exactement la même chose que Mainildrey.

La série des seigneurs de Mesnildrey, depuis le chef qui lui donna son nom, serait difficile à établir : nous ne pouvons que jeter quelques jalons sur cette route. La plus ancienne mention que nous connaissions de cette paroisse est dans le cartulaire du Mont, auquel elle appartint longtemps. En 1159, « Gaufridus sacerdos Mainil Drogonis et Gellinus nepos ejus, requirentes monachatum in monasterium B. Michaelis obtulerunt ecclesiam de Mainil-Drogonis, quoe erat in patrimonio eorum. Rob abbas illam nolens nisi honeste suscipere petiit Constancias cum clericis illis et indicavit Ric. Episcopo quomodo requirerent monachatum. Ille autem respondit quod Rad de Musca dominus illius ville presentationem clamabat, unde episcopus jussit eum venire Const…. Cum non venisset, clerici ecclesiam in manu episcopi reddiderunt et Rob. abbatem saisivit.»

Cette paroisse appartint longtemps au Mont : elle fut cédée à l’évêque de Coutances en échange d’une autre.

Au XIII° siècle, J . de la Mouche devait un chevalier pour Mesnildrey et Granville . Vers 1580, le seigneur était Robert du Homme. Jean de Vitel, qui chanta souvent cette famille, célébra par un sonnet son courage, et sa mort par un tombeau ou chant funèbre :


Au seigneur de Mesnildray.

Qui mieux que vous se cache d’un plastron

Tant l’estomac ? Qui mieux faict sur sa teste

D’un morion trembler l’horrible creste.

Quand vous carguez l’adversaire escadron !

Qui mieux que vous sur le pouldreux sillon

Manie a bondz et a voltes la beste

Au pied-sonnant ! Qui mieux que vous s’appreste

Dessus le front le rameau d’Appollon ?

Je voy desia votre flame eternelle

Votre beau loz et vertu immortelle

Rompant du Tans la moissoniere faux,

D’un saut hardi franchir la borne entière

Du peuple noir, l’islandoise barrière,

Pour s’eslancer par dessus les nuaux.


Dialogues du Passant et de la Noblesse


Le P.

Nymphe dy moy pourquoy de ta marbrine main

Assise sur le front de ce tombeau d’airain

Tu gastes le bel or de ta tressse adonine ?

Pourquoi tu vas plombant sans trève ta poitrine

A grandz coups redoublez ? et pourquoi de tes yeux

Tu fais triste rouller deux fleuves spatieux ?

N.

Passant je me complains de la mort implacable.

P.

En quoy t’a offensé sa main inexorable ?

N.

Hélas ! elle a tué un vertueux seigneur,

Le rempart de mon los, l’appuy de ma grandeur.

Dont le brave corps veuf de sa genereuse ame

Est accablé du faix de ceste lourde lame.

P.

Qui estoit ce seigneur ?

N.

Son vrai nom fut Robert,

Du Homme son surnom de vaillance couvert.

Le ciel versa sur lui la corne d’Amathée,

De vertu, de grandeur et de gloire comblée.

Il cargua valeureux les scadrons ennemis

Qui voulaient guerroyer l’equitable Themis,

Boulevart de l’Eglise, il supporta son prince,

Defendit ses subjets et cherit sa province.


Vers 1750, le seigneur était Eustache Le Mercier, dont on voit la tombe dans l’église de Saint-Ursin.