50218 - Granville - 1793 Vendéens à Saint-Nicolas
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1793. Mouvements des troupes vendéennes sur la commune des Champs libres ou Saint-Nicolas-près-Granville
Nota : ce texte ne relate pas le siège de Granville proprement dit.
A Granville, on avait demandé à Vachot de former une colonne avec les meilleures troupes disponibles et de se porter au secours d’Avranches. Mais les événements se précipitèrent…
Le mardi 12 novembre 1793, de bonne heure dans la matinée, un messager arriva du district pour annoncer que les rebelles avançaient sur Avranches. Quelques instants après un autre vint dire que la place n’allait pas pouvoir tenir, si on ne lui portait secours.
Vachot se mit en marche, mais il était à peine rendu au calvaire qu’on vit déboucher de la route un flot de fuyards, réquisitionnaires et sans-culottes avranchinais, criant que la cavalerie des rebelles était à leur trousse et que leur ville était prise.
(Journal de mer de P. Jourdan commandant l’Anonyme Arch. De la Marine B B4 25)
Il n’y avait plus qu’à rentrer à Granville ; les bataillons regagnèrent leurs cantonnements. Les Granvillais s’attendaient à voir apparaître d’un instant à l’autre l’avant-garde vendéenne. Cependant la journée du mercredi se passa encore en préparatifs.
Le mercredi soir, le général Peyre fit établir une grand-garde sur la route d’Avranches, ainsi le 6éme bataillon de la Manche arrivé depuis deux jours et cantonné dans l’ancien couvent des Cordeliers reçut l’ordre d’aller bivouaquer au manoir de Saint Nicolas, sur la propriété des Deslandes avec le bataillon d’Aunis et une compagnie d’artillerie.
( Souvenirs d’un officier du 6ème bataillon de la Manche, manuscrit de huit pages-ville de Granville, document anonyme ).
Pendant toute la nuit de nombreuses patrouilles explorèrent le terrain.
Le jeudi, au point du jour, on releva les bataillons et on plaça en grand-garde des détachements de gendarmerie.
Vers huit heures, le citoyen Beust, cultivateur à Saint Pair, avertit les défenseurs de la place que les Vendéens sont en marche, ayant l’intention d’ être à midi sous les murs de Granville. Peyre envoie alors six cents hommes avec deux pièces de canon prendre position sur les hauteurs de la Huguette. Une partie de cette force devait se déployer sur l’ancien chemin d’Avranches, de la Barberie jusqu’au Manoir, à l’abri des talus, d’où l’on pouvait facilement fusiller les rebelles sur la nouvelle route et sur celle de St Pair. ( Rapport de Coffy du 30 brumaire- Arch.Hist. de la guerre. Armée des côtes 5/17)
L’adjudant général Vachot reçut l’ordre de former un groupe d’avant garde et d’en prendre le commandement.
Il était un peu plus de onze heures et demie quand son détachement précédé des hussards et suivi de deux canons se mit en marche. Après avoir parcouru trois quarts de lieue, Vachot s’arrêta au bord du coteau de Grainville, au-dessus de la vallée de St Pair. Il put alors observer qu’une animation inaccoutumée régnait sur la route, aux abords du Croissant. Il se hâta de faire mettre en batterie ses deux canons dans un champ bordant le chemin, que le rapport appelle « la sommité de Grainville » ( détails relatifs aux mouvts. et entreprises. de l’ennemi avant, pendant et après l’attaque de Granville, rapport non signé. En marge : n° 14 ; 414 du registre journal. Armée des côtes de Cherbourg. Arch. Hist. De la guerre)
Il descendit rapidement la côte, franchit le pont sur la rivière et, parvenu sur la crête d’un mouvement qui lui avait pendant quelques instants dissimulé le croissant, il put distinguer un grand nombre de cavaliers qui avaient mis pied à terre dans le village. A cette vue ( rapporte Coffy, Chef d’état major arch. Historiques de la guerre ), son courage et son indignation s’enflammèrent, il plaça des tirailleurs sur la droite et sur la gauche de la route derrière les talus et, au-dessus du bief, dans les champs de Boisjoie, puis il ouvrit le feu.
A ce moment le gros de la colonne républicaine, à la tête de laquelle chevauchaient : Lecarpentier, Peyre, Varin, Crubier, Coffy et quelques autres officiers, arrivait seulement à la hauteur du calvaire.
Peyre arrêta son monde à l’embranchement des deux routes, fit ranger en bataille sur celle de Villedieu une partie de sa troupe, ( Rapport de Coffy, Arch. Historiques de la guerre ), puis il fit avancer quelques détachements pour soutenir les tirailleurs de Vachot. Des cavaliers vinrent avertir le général que l’armée vendéenne débordant la ligne de combat se répandait à la fois par la droite vers le bord de la mer et par la gauche dans les champs de Saint Nicolas.
Peyre explique : peu de temps après je fis porter sur ma gauche un demi bataillon de la Somme avec ordre de se couler le long des maisons qui bordent jusqu’à une certaine distance à droite de la route de Villedieu et de se mettre en bataille dans une grande prairie voisine pour faire feu sur la cavalerie ennemie dans le cas où celle-ci oserait approcher pour nous couper. (mémoire justificatif du général Peyre, manuscrit de 27 pages dans le dossier de cet officier. Une partie est publiée dans « Vendée patriote » de Chassin)
L’affaire prenait une mauvaise tournure.
L’ennemi d’abord « avait affecté de ne pas se servir de ses canons ». ( rapport de Coffy du 30 brumaire- Arch.Hist. de la guerre. Armée des côtes 5/17)
Mais maintenant des boulets venaient ricocher sur la route. Le Carpentier, qui avait crû pouvoir s’avancer un peu du côté du Manoir, avec son état-major et une bonne escorte, s’étant trouvé tout à coup fort mal à l’aise, était revenu avec tant de hâte que le général, faisant le bon apôtre, pensa devoir aller lui prodiguer quelques encouragements.
Du côté vendéen :
Stofflet ayant refoulé la troupe de Vachot avait divisé l’avant-garde royaliste en trois colonnes. Il avait envoyé celle de droite à travers des sentiers à peine praticables jusqu’au chemin de traverse qui passe auprès de l’église actuelle de Saint Nicolas pour aboutir au couvent des Cordeliers. Les volontaires échelonnés sur la route de Villedieu avaient accueilli l’apparition des cavaliers vendéens par une fusillade précipitée, puis «reconnaissant que la position du couvent de Saint N où les morts s’entassaient n’était plus tenable ». ( Souvenirs d’un officier du 6ème bataillon de la Manche, manuscrit de huit pages-ville de Granville, document anonyme ), ils rejoignirent rapidement la réserve restée auprès du Calvaire.
La seconde colonne «celle de gauche, ayant passé par le village de St Pair, suivit le chemin de la côte jusqu’à l’endroit appelé la Crête ; alors le feu que l’on fit du front de l’Isthme engagea cette dernière colonne à se disperser et à profiter des haies et fossés pour serrer et prendre en flanc la troupe du général Peyre » ( détails relatifs aux mouvts. et entreprises. de l’ennemi avant, pendant et après l’attaque de Granville, rapport non signé. En marge : n° 14 ; 414 du registre journal. Armée des côtes de Cherbourg. Arch. Hist. De la guerre)
La colonne du centre pressait vivement Vachot qui s’était replié sur Grainville dont il avait un instant essayé de défendre les hauteurs ; mais ayant perdu plusieurs cannonniers et se voyant cerné, il avait dû battre en retraite et il fuyait de son mieux sur la route d’Avranches, poursuivi par les cavaliers de Stofflet.
Quand Vachot arriva au Calvaire, le corps principal des républicains courait déjà vers la ville.
vers deux heures de l’après-midi « La retraite eut lieu dans un désordre difficile à décrire… » La rapidité de leur fuite sauva les républicains. « un quart d’heure plus tard, ils n’auraient pas eu assez d’avance sur nos gens pour rentrer dans leur ville sans être suivi des nôtres » Poirier de Beauvais
Après le siège de Granville.
Au château de Grainville, une scène tragique terrifia les habitants des alentours. Les soldats ayant découvert dix sept blessés vendéens, au premier étage de la maison, les massacrèrent sur place, puis ils précipitèrent les cadavres dans une glacière qui existait alors au milieu d’un petit bois, non loin du château. Longtemps après on pouvait distinguer encore au premier étage, sur les murs de la galerie, les traces sanglantes de ce carnage. Dans la suite on transporta les ossements des victimes au cimetière de Saint Nicolas, puis on fit entourer d’une balustrade et planter d’un if l’endroit qui leur avait servi de tombeau.





