50218 - Granville - chambre de commerce
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La Chambre de Commerce de Granville
Créée par décret du 24 février 1815, la Chambre de Commerce de Granville, qui comprend dans sa circonscription les arrondissements de Saint-Lô, Coutances, Avranches et Mortain, est la plus ancienne des Chambres de Commerce bas-normandes.
En dehors de Villedieu-les-Poêles, qui s'est acquis une renommée mondiale dans la fabrication des objets de cuivre et la fonte des cloches ; la vallée de Brouains et la région de Sourdeval, avec leurs fabriques de couverts, d'articles de quincaillerie, de clouterie, de coutellerie, de soufflets et leurs fonderies d'aluminium, constituent le seul centre industriel du sud de notre département.
S'il est vrai qu'on y rencontre un peu partout des carrières de granit, de grès, de pierre à chaux, voire de marbre, des briqueteries, une usine à papier à Saint-Lô, une autre en création à Orval, des tanneries, des corroiries, de nombreuses scieries et une importante usine électrique ; si l'on peut encore signaler une fabrique de lanternes à Saint-James, quelques filatures, derniers vestiges d'une industrie jadis florissante, dans les arrondissements de Coutances et Saint-Lô, des minoteries, une brasserie, et enfin les usines de la Société Dior et Cie, à Saint-Nicolas, qui se sont spécialisées dans la fabrication de l'acide sulfurique, des engrais chimiques et de leurs dérivés. Cette contrée, toujours fouettée par les grands vents du large, malgré les richesses de son sous-sol, est demeurée, grâce à sa fertilité et à la douceur de son climat, essentiellement agricole.
L'élevage, la fabrication du cidre et les industries connexes (laiteries, fromageries, distilleries), la culture maraîchère, enfin la pêche sur une côte où le poisson abonde, forment les éléments de la prospérité de cette région, où la nature s'est montrée particulièrement généreuse.
Dans ces conditions, il est tout naturel que l'histoire de la Chambre de Commerce se confonde avec celle de son port.
Situé sur la côte ouest du département, à 50 kilomètres au sud de Portbail, dans la baie du Mont-Saint-Michel, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, le port de Granville offre en tout temps un abri des plus sûrs.
Des services réguliers l'ont relié depuis longtemps aux îles de Chausey et de Jersey, et au port voisin de Saint-Malo, et un courant d'échanges s'établit de bonne heure avec l'Angleterre.
La mer ayant toujours été la principale source de richesses de la population côtière, Granville devint bien vite le port le plus important du littoral, et jusqu'à la fin du siècle dernier l'armement pour la grande pêche constitua le gros élément de la prospérité granvillaise. Depuis lors, pour des causes diverses : pêches infructueuses, prix moins rémunérateurs, concurrence, etc., l'armement n'a fait que décliner.
De 37 navires, représentant une jauge brute de 4.819 tonneaux, qui partaient encore pour les bancs de Saint-Pierre et Miquelon en 1900, le nombre des bateaux se livrant à la grande pêche était tombé à 15 en 1914.
Au lendemain des hostilités, quelques navires pour le compte de la Société des Pêcheries de France et d'un armateur granvillais sont revenus dans notre port, et maintenant la flottille de pêche comprend 10 trois-mâts ayant une jauge de 3.260 tonneaux.
Encouragé par les résultats obtenus ces dernières années, un des membres de la Chambre de Commerce vient de former une Société pour la construction de deux chalutiers à vapeur.
Si la pêche avait dû être totalement abandonnée pendant la guerre, par contre, de nombreux bateaux de commerce apportant du charbon anglais pour les besoins de la population et de la défense nationale ont assuré à notre port un regain de prospérité.
En 1915, malgré un outillage rudimentaire, le trafic atteignit 140.000 tonnes.
Les membres de la Chambre de Commerce comprirent alors qu'un avenir nouveau s'offrait à leur port. Granville, devenu à la faveur des événements un port d'importation de charbon, doit continuer à jouer ce rôle dans la paix.
D'autre part, les mines de fer de Basse-Normandie n'ont pu, faute de moyens appropriés, donner toute l'extension voulue à l'exportation de leurs minerais. La riche teneur des carbonatés de Larchamp, Hâlouze, la Ferrière et Mortain, les fait rechercher des métallurgistes anglo-saxons.
Relié à Paris par une voie ferrée à peu près rectiligne, sans rampes accusées, le port de Granville est, par sa situation géographique, le débouché naturel de ces minerais. Il est, en outre, tout indiqué pour approvisionner en charbons la Compagnie des chemins de fer de l'Etat jusqu'à Argentan et Sainte-Gauburge.
D'autre part, l'extension prise par les usines de Saint-Nicolas, grosses importatrices de phosphates et de pyrites, constitue déjà un élément important de trafic qui ne peut que s'accroître dans la suite.
En face de ces perspectives, la Chambre de Commerce a entrepris un ensemble de travaux qui, avec l'installation d'un nouvel outillage, ne coûteront pas moins de 6 millions. Ces travaux, commencés en 1922, seront bientôt terminés.
Le nouveau bassin, avec ses 800 mètres de quais et sa superficie de 4.800 mètres carrés, peut recevoir en tout temps des navires de 3.000 à 3.500 tonneaux en lourd, et, en temps de marée, des navires de 5.000 tonnes. La construction des terre-pleins est un fait accompli. 15.000 mètres carrés seront réservés au stockage des charbons et des minerais, qui seront manutentionnés par des grues électriques sur portique de 14 mètres. Jusqu'alors, faute d'engins appropriés, de terre-pleins et de voies ferrées suffisantes, le trafic s'était trouvé limité aux environs de 130.000 tonnes. Avec son quai Nord, équipé de deux grues électriques, ses trois voies nouvelles sur le quai Sud, ses grues à portique, ses terrains pour le stockage, le port nouveau sera en mesure de manutentionner plus d'un million de tonnes.
A signaler une cale de radoub qui, depuis les travaux exécutés en 1924, peut recevoir toute l'année des navires de 70 mètres de longueur.
A la place des anciens môles où venaient s'abriter chaque hiver les 150 petits navires granvillais, après les dures campagnes de pêche dans les mers glaciales de Terre-Neuve et d'Islande, s'est édifié un port nouveau qui répondra aux nécessités de l'heure présente.
La Société des Mines de Basse-Normandie a déjà commencé ses exportations sur le quai Nord et dans quelques mois, les autres Sociétés qui attendent impatiemment les possibilités d'exporter leurs minerais sortiront par Granville les 250.000 tonnes que l'étranger leur réclame.
Ainsi, la Chambre de Commerce qui, depuis cinq ans, sans défaillance, poursuit la réalisation du programme qu'elle s'était tracé, entrevoit le jour prochain où son oeuvre portera ses fruits. Elle estime que ses efforts seront suffisamment récompensés, si elle peut, par les exportations qu'elle aura facilitées, contribuer dans une modeste mesure au redressement financier du pays.
PIERRE YVON, H. E. C.,
Président de la Chambre de Commerce,
Conseiller du Commerce Extérieur.
Vice-Président de la IVe Région Economique
dans La Manche. Numéro spécial, supplément au numéro du 28 août 1926 de l'Illustration économique et financière






