Famille Baraudon
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Familles Routet, Baraudon, Guichard,…
Le berceau de cette branche familiale se situe entre Cuzion, Orsennes, Fresselines et Lourdoueix St Michel ( prononcer « Lourdoué » ). Mes ancêtres originaires de cette région étaient pour la plupart laboureurs ou marchands ( marchands de bestiaux ).
Voyons ce qu’était un « laboureur » au 18ème siècle.
Une première réponse nous est fournie par ce bon La Fontaine dans sa fable « Le laboureur et ses enfants ». … « Gardez-vous leur dit-il de vendre l’héritage que vous ont laissé vos Parents… » Le laboureur était un cultivateur, mais c’était également et surtout un propriétaire. Il était plus ou moins riche, mais il laissait presque toujours des terres à ses enfants. Pour vivre de la culture de ses champs il fallait posséder au moins 5 hectares. Ceux qui remplissaient ces conditions constituaient l’aristocratie villageoise : la classe des laboureurs. Le laboureur était le passage obligé pour celui qui, partit de rien, voulait gravir l’échelle sociale. Les plus opportunistes devenaient « marchand-laboureur » ou simplement marchand. Ils étaient des notables. C’est ainsi que les cas de parcours de « Laboureur » à « Noble » ont été nombreux. Ceux qui nous concernent possédaient sans doute des lopins de terre mais n’étaient pas obligatoirement des paysans aisés ; contrairement à d’autres régions où la fonction de laboureur pouvait être synonyme d’aisance, en Creuse ce n’était pas toujours le cas. L’exploitation pouvait n’être que de deux ou trois hectares, avec deux vaches et quelques volailles. Il était très courant de voir les Creusois s’expatrier un temps vers Paris pour être maçon ou charpentier et revenir au pays pour y acheter des terres avec l’argent gagné et augmenter ainsi la surface de leur exploitation.
La page suivante extraite de registres paroissiaux de la commune de Nouzerolles, donnera une image de ce que pouvait être la vie d’un petit village du centre de la France au XVIII ème siècle.
Monsieur BARENEIRY curé de Nouzerolles dans les années 1759 note à la fin des registres paroissiaux que :
« Il est fait ce jourdhui 13 mai dimanche matin a trois heures un terrible tremblement de terre. »
« Le 23 mai mil sept cens cinquante neuf a été parachevé le colombier avec commodités au dessous a costé de ma chambre et finalement me revient le tout a mes propres frais et dépens a la somme de vingt deux Pistoles. les ouvriers Silvain lachaffoy Me charpentier et pierre Ravion maçon. Priez pour ma pauvre ame vous autres messieurs mes successeurs qui en Profiterez. »
En 1788, Laboissette, successeur de Bareneiry signale :
qu’ « on a publié l’Edit du Roi touchant la grossesse des femmes durant l’année présente comme l’ordre le comporte »
Le 3 février 1789, le même Laboissette inscrit :
« nota : Tous le mois de décembre et la moitié de janvier suivant, il y a eu en cette année une gelée continuelle et extraordinaire par la rigueur. Plusieurs personnes sont morts ou de faim ou de froid dans nos environs. Les moulins même de la creuse ont cessé de moudre ne pouvant les dégeler près de 15 jours. La glace s’est trouvée épaisse de deux a trois pieds et si la neige abondante n’eût conservé les blé, la désolation eut été extrème.
Le prix du blé seigle a été jusqu'à 58S. le boisseau en ces deux mois et dans le mois de février 1789 et se vend encore 45S. Les grèles de l’été dernier ont causé cette disette presque sentie dans tout le royaume ; icelle paroisse de nouzerolles n’a pas été grêlée néanmoins par d’autres causes la récolte a été bien médiocre n’y ayant eu que 18 septiers de blé en totalité de Dimes dans cette paroisse.
En 1788 on a construit le presbitère de nouzerolles au dépens des particuliers. Le tout s’est fait en rigueur de justice en dépis de mille contradictions pendant l’ouvrage. Le Sr Curé a pris son logement chez madame valentin de la Couture.
L’adjudication s’est montée a 17 cens trante livres, gabriel Descombes de cheniers adjudicataire. »
J’ai respecté le contenu et l’orthographe des textes.
Famille Routet
Descendance sur 2 générations.
Les « Routet »qui nous concernent sont originaires de Cuzion. Une autre branche a émigré au Canada.
Le premier dont j’ai retrouvé une trace est :
-Silvain Routet, armurier de son état. C’est la première génération. Il naît à Cuzion aux environs de 1624. Son père François Routet. Le nom de sa mère nous est inconnu, de même que leurs dates et lieux de naissance.
Le 25 février 1664 il épouse Silvine Blanchet née en 1644 à Orsennes. Elle était la fille de François. Sa mère ne nous est pas connue. Ils ont respectivement 40 ans et 20 ans au moment de leur mariage.
Silvain décèdera à Orsennes le 20 avril 1694. Il avait 70 ans. Silvine le 30 mars 1690. Elle avait 46 ans.
Le couple aura 10 enfants tous nés à Orsennes :
-Barbe née vers 1664, décédée le 10 novembre 1702. Elle épouse à Orsennes le 5 mars 1685 Mathurin Baronnet. Le couple aura au moins une fille : Jeanne baptisée le 31 mars 1695 à St Plantaire.
-Claude née le 25 juillet1666, décédée le 30 mars1690. A Orsennes le 12 juillet 1689, elle épouse Silvain Milton ( fils d’Ardouin Milton et de Marguerite Lamouret). Au moins un fils : Silvain né en 1695.
-André né le 3 janvier 1669.
-Silvain né le 24 novembre 1669.
-Silvain né le 5 juillet 1671, décédé le 15 avril 1754 à 82 ans. C’est à Orsennes le 7 février 1701 qu’il épouse Marie Nouhant. ( fille de François et de Gabrielle Dagois.)
Le couple aura 4 enfants : Marie, Silvain, Laurent et Silvain.
-Marguerite née le 28 septembre 1673.
-Jeanne née le 25 décembre 1676 et décédée à Cuzion le 7 janvier 1722 à l’âge de 45 ans. Elle épouse Blaise Alabrée à Orsennes le 27 août 1697. Blaise était le fils de Mattieu et de Mathurine Morlon.
-François né vers 1680 et inhumé à Orsennes le 2 octobre 1740 à l’âge de peut-être 60 ans. Il épouse Marie Pelletier à Orsennes le 21 octobre 1697. On leur connaît au moins deux enfants : Jean né le 17 septembre 1704 et Jean-Baptiste. Veuf, François épouse Jeanne Rollinat en seconde noce à Orsennes le 8 février 1717.
-Marie mariée à Orsennes le 27 août 1697 avec Jean Dagois. 2 enfants naîtront : Anne et Etienne.
-Aimée 1687- 1732 . Qui suivra...
Génération 2
Aimée Routet naît à Orsennes vers 1687. Elle épouse Jacques Baraudon à St Plantaire le 15 septembre 1712. Il était né vers 1680 à Lourdoueix St Michel. Ils ont 25 et 32 ans.
Aimée décèdera le 13 octobre 1732 à Lourdoueix St Michel ; Elle avait 45 ans. Jacques le 21 septembre 1754 à Lourdoueix St Michel ; Il avait 74 ans.
Descendance de Jacques Baraudon sur 2 générations :
Génération 1
-Jacques Baraudon naît vers 1680 sans doute à Lourdoueix St Michel. C’est à St Plantaire que le 15 septembre 1712 il épouse Aimée Routet née à Orsennes vers 1687. Il est meunier et il a 32 ans. Aimée a 25 ans. Jacques décèdera le 21 avril 1754 à l’âge de 74 ans ; il fut inhumé dans l’Eglise.
Aimée décèdera le 13 octobre 1732 à 45 ans ; elle aussi, comme les « Gens de Biens » fut inhumée dans l’Eglise.
Le 7 janvier 1733 Jacques épousera Marie Martinière en seconde noce, 3 mois à peine après la disparition d’Aimée.
Le couple aura environ 9 enfants dont 5 vivront ;tous nés à Lourdoueix St Michel :
-Jeanne née le 19 juin 1713. Elle épousera François Guichard ( fils de Léonard et de Silvine Bernard, décédée le 22 mai 1727 après la naissance de son septième enfant : Marie qui ne vécut que 5 mois ). Elle meurt le 4 avril 1747. Elle avait 34 ans.
-Guillaume né le 5 mai 1716. Il épousera Jeanne Aupanetier à Montchevrier le 9 février 1735. Elle décède le 11 février 1759. Il fut marchand comme son père et devint Seigneur du Plaix Joliet à la mort de ce dernier.
-Pierre né le 19 septembre 1720. Il sera prêtre et lui aussi Seigneur du Plaix Joliet..
-Anne née le 2 décembre 1726 est décédée le 8 mai 1734 à l’âge de 8 ans.
-Jeanne née le 10 septembre 1730. Qui suivra…
On notera que les deux « Jeanne » épouseront deux frères « Guichard ». Jacques Baraudon et Léonard étaient tous deux marchand de bestiaux et commerçaient ensemble. On peut penser que les deux familles avaient des liens d’amitié.
Mes ancêtres Creusois ont pour la plupart vécu à Lourdoueix St Michel. Lourdoueix désigne un ancien oratorium, mot qui signifiait en latin un oratoire du verbe « orare » : prier. Pendant la période révolutionnaire, Lourdoueix St Michel fut nommé Lourdoueix-Marat.
Comment de meunier on devient châtelain:
Jacques Baraudon est un personnage fort intéressant. Comme nous l’avons vu précédemment il épouse, à St Plantaire Aimée Routet. Elle était originaire d’Orsennes, son père Silvain venait de Cuzion et était armurier de son état.
Les Parents de Jacques, Mathurin et Jeanne Duris sont décédés en 1704 et 1714 à Lourdoueix St Michel. Jacques est meunier au château du Plaix Jolliet. Entre 1713 et 1730 le couple aura 5 enfants dont quatre survivront : Guillaume, Pierre, Jeanne née en juin 1713 et décédée le 4 avril 1747 qui épousera François Guichard. Jeanne mon ancêtre née en 1731 épousera un frère de François, Silvain.
C’est à partir de cette époque que l’ascension de Jacques semble s 'être accélérée ; nous sommes alors sous le règne de Louis XV commencé en 1715 et le seigneur de Lourdoueix est un sieur Lelarge.
Jacques avait dû ajouter à son activité de meunier celle plus rémunératrice de marchand exercée pour son propre compte. On entendait par « marchand » marchand de bestiaux.
Pour Jeanine Berducat ( « Le Seigneur du Plaix Joliet » aux éditions La Bouinotte à Châteauroux) Jacques Baraudon est prêt à exercer tous les métiers, tendu qu’il est vers un seul but : devenir propriétaire du Plaix Joliet, le château qui domine son moulin. Il fut successivement meunier, maquignon, scieur de long, usurier…
Le 5 septembre 1738 il achète à Charles Antoine Desrièges, Seigneur du Plaix Jolliet et autres lieux une propriété comportant maison, jardin et vignes au village de Beauvais, paroisse de Fougeralles, près de Neuvy-Saint-Sépulcre ; les 1.600 livres, prix de la vente, ne seront payées que le 25 mai suivant et en bestiaux. Système de troc.
Le même jour, profitant d’un embarras d’argent du Seigneur Desrièges il avait fait quelques prêts pour lui affermer pour 7 ans « Le Chastel du Plaix Jollyet », son moulin et ses dépendances. Il lui en coûtera 441 livres par an, payables en deux fois le 26 mars de chaque année et à Noël et pour moitié à chacun des deux frères Desgrièges.
Le 27 décembre 1738 les deux frères vont encore affermer à Jacques deux métairies au Plaix Baronnets et au Grand Plaix. Cette même année, sans doute à cours d’argent, ils ont vendu différentes terres situées à Lourdoueix à Jean Lasnier, laboureur et à Léonard Guichard, lui aussi marchand. Ce dernier épousera Jeanne Baraudon . Léonard est lui aussi un de mes ancêtres. Le 24 janvier 1744 Jacques Baraudon achète la seigneurie du Plaix Jollyet à Jean-Baptiste Desrièges qui a entre temps hérité de son frère Charles pour la somme de 8.200 livres dont 4.000 livres payées comptant « en monnoye sonnante ». L’achat est au nom de Jacques et de ses deux fils Guillaume et Pierre qui en deviendront les seuls propriétaires au décès de Jacques en 1754.
Outre le château et ses dépendances ( chapelle, moulin, étang, garennes, chénevières, cour et basse-cour, prés et terre ) Jacques achète aussi le droit de haute, moyenne et basse justice. Jacques continuera de faire des « affaires ». Notamment il va acheter tous les bestiaux des domaines dépendant de l’abbaye d’Aubepierre pour la somme de 4.000 livres dont 600 comptant en « monnoye sonnante et ayant cours selon l’édit du roy ». Jacques s’engage en plus à restaurer les bâtiments de l’abbaye.
De meunier il est devenu marchand ( de bestiaux ) et Seigneur du Plaix Jolliet ! Son rêve. Ses deux fils hériteront des domaines. Son petit-fils Léonard Guichard héritera du moulin. Avant sa mort Jacques achètera encore pour ses fils deux propriétés au Petit Plaix et aux Gouttes. Jacques décèdera au château du Plaix Jolliet et sera inhumé dans le chœur de l’Eglise.
A l’entrée du cimetière de Lourdoueix, à gauche on peut voir une stèle de pierre transportée depuis l’ancien cimetière à la mémoire d’un des descendants de Jacques qui fut magistrat à Poitiers. Les fils de Jacques avaient « réussi ! »
Le Plaix Joliet restera dans la descendance Baraudon jusqu’en 1843.
C’est un dénommé Jules Lenoble qui acheta le château, le moulin et le domaine du Plaix Joliet.
Le château du Plaix Joliet est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques. Jean-Yves Fontenaille en est l’actuel propriétaire.
Sa construction remonte aux 14 et 15ème siècle. Certaines parties sont du 17ème .On peut voir 4 tours rondes du 14ème siècle, un donjon carré édifié en 1465, original et de style gothique avec pont levis, tourelles et machi-coulis.
Une maison de maître encastrée dans les tours datant de 1470 et remaniée à la fin du 17ème siècle
Le château du Plaix Joliet passe pour être le château de La Roche- Mauprat du roman de George Sand.






